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Institut Godinot : remettre de l’humain dans la communication interne

Institut Godinot : remettre de l’humain dans la communication interne

Dans un hôpital, la communication interne n’est jamais un simple sujet d’information. Elle touche au lien, au rythme, à la confiance, parfois même à la façon dont les équipes traversent les transformations du quotidien.

Avec Elodie Menis, Responsable Communication à l’Institut Godinot, on comprend qu’une bonne communication interne ne tient pas seulement à un outil. Elle tient à une conviction : pour être entendu, il faut d’abord créer une expérience.


Quand Élodie Ménis parle de communication interne, elle ne commence pas par citer un canal, un outil ou un calendrier éditorial. Elle parle de lien. De sens. D’humain.

C’est peut-être ce qui frappe le plus dans son parcours. Avant de rejoindre l’Institut Godinot, centre de lutte contre le cancer à Reims, Élodie vient du monde de la publicité. Elle a été directrice artistique, a travaillé en agence, en Belgique, à Paris, dans le Sud. À l’époque, le service communication n’existe pas. Elle le crée. Et pendant dix ans, elle construit patiemment une fonction dans un environnement où la priorité, naturellement, va d’abord aux soins, aux équipes médicales, aux patients. Dans un hôpital, chaque euro compte. Chaque sujet doit trouver sa légitimité. Et la communication, surtout interne, doit souvent commencer par prouver qu’elle sert à quelque chose.

Élodie le dit simplement : il a fallu faire comprendre “ce que c’est que la com dans un hôpital”. Aujourd’hui, la communication externe est installée. Mais la communication interne, elle, entre dans une nouvelle étape. En 2026, l’enjeu sera de l’activer beaucoup plus fortement.

Car l’Institut Godinot n’est pas une organisation simple à adresser. Il y a un site principal d’environ 600 personnes, des sites déportés, des équipes de jour, des équipes de nuit, des professionnels devant un ordinateur et d’autres qui n’en ont jamais dans leur journée. Certains travaillent avec un écran, d’autres avec un chariot, un téléphone, une tournée, un service à faire vivre.

Dans ce contexte, “mettre une actu sur SharePoint” ne peut pas suffire.

Pour Élodie, la communication interne ne consiste pas seulement à informer ou à inviter. Elle doit créer “du lien, du sens et de l’humain”. Cette phrase résume presque toute sa vision. L’information est nécessaire, mais elle n’est qu’un point de départ. Le vrai sujet, c’est ce qu’elle produit chez celles et ceux qui la reçoivent : de la compréhension, de l’adhésion, parfois de la fierté, parfois simplement le sentiment d’être considéré.

Cette conviction s’est renforcée récemment, lorsqu’elle se rend au salon Digital Workplace à Paris. Elle y va avec l’envie de découvrir des idées, des formats, des outils capables d’ouvrir de nouvelles pistes. Elle en ressort avec une forme de déception. Beaucoup de solutions lui semblent pensées depuis les RH ou l’IT, avec des modules de communication ajoutés ensuite. Mais peu lui parlent vraiment comme communicante.

Ce qu’elle cherche, ce n’est pas un outil de plus où déposer des contenus. C’est un espace vivant. Quelque chose qui ressemble davantage aux usages du quotidien : des interactions, des communautés, des notifications utiles, des formats courts, des rendez-vous, des sous-groupes, des occasions de participer. Un intranet, oui, mais pas un intranet figé. Un lieu où l’on puisse faire circuler l’information sans l’écraser, et créer du lien sans forcer.

“Le digital va être un canal, mais il n’y a pas que ça”, rappelle-t-elle.

Cette phrase est importante. Parce qu’elle évite deux pièges. Le premier serait de croire que tout problème de communication interne se règle par une plateforme. Le second serait de renoncer au digital parce que certains métiers y ont moins accès. Élodie se situe entre les deux : utiliser les bons supports, au bon moment, pour les bons publics.

L’établissement avance d’ailleurs sur plusieurs fronts. L’affichage dynamique se déploie dans les salles de pause. Les collaborateurs sont progressivement équipés de téléphones professionnels. L’intranet doit monter d’un cran. Mais pour Élodie, le sujet n’est pas seulement technique. Le vrai défi, c’est l’orchestration.

Car en interne, tout le monde veut communiquer. Chaque direction, chaque service, chaque projet a son message à faire passer. Et très vite, l’information déborde. Elle perd son rythme, sa hiérarchie, son impact. “La bonne information au bon moment”, dit Élodie. Cela paraît simple. En réalité, c’est l’un des gestes les plus difficiles du métier.

Ce qui distingue Élodie, c’est sa façon d’importer dans l’hôpital des réflexes venus de la publicité. Pas pour faire joli. Pas pour “marketer” la vie interne. Mais pour rendre les messages mémorables.

Elle croit beaucoup au teasing, à l’attente, à la mise en scène. Elle a déjà testé quelques formats qui ont très bien fonctionné. Là où certains messages passaient inaperçus, le simple fait de créer une curiosité a changé la réception. La direction s’en étonne parfois : pourquoi telle actualité est-elle plus lue qu’une autre ? Pour Élodie, la réponse est évidente. Parce qu’on a donné envie.

Cette approche devient encore plus intéressante quand elle parle d’expérientiel. Pour elle, on retient mieux une information quand on la vit, quand on joue avec, quand on participe.

“Il faut passer par l’expérientiel pour vraiment réussir à intégrer une information”, explique-t-elle.

Un exemple résume parfaitement cette manière de faire.

Avec l’équipe qualité, dans le cadre de la préparation d’une certification, elle travaille sur un sujet très sérieux : la vérification de connaissances autour des médicaments, notamment certaines règles de dilution. Le pharmacien a préparé un quiz Kahoot. Le fond est technique, précis, indispensable. Élodie, elle, ajoute l’enveloppe qui va donner envie de participer.

Elle imagine un podium, des lots, des boîtes de médicaments géantes détournées, des noms inventés, des M&M’s personnalisés à partager, des photos à refaire circuler en interne. Un dispositif ludique, presque bricolé, peu coûteux, mais pensé comme un petit événement. Une manière de dire : même un sujet très sérieux peut devenir une expérience collective.

Ce type d’initiative dit beaucoup de la communication interne quand elle est bien faite. Elle ne se contente pas de transmettre une consigne. Elle crée une scène. Elle donne aux équipes une raison de regarder, de participer, de sourire, puis de se souvenir.

Élodie sait aussi que cette créativité se confronte parfois à certaines contraintes propres aux grandes organisations. Entre les impératifs de coordination, les délais et la nécessité de diffuser rapidement l’information, la communication interne doit souvent trouver un équilibre entre efficacité immédiate et qualité des contenus.

Pour autant, Élodie reste attachée à une conviction : dans un environnement hospitalier où les équipes disposent de peu de temps et sont fortement sollicitées, la clarté et la lisibilité des messages sont essentielles. Selon elle, la communication interne ne consiste pas uniquement à transmettre une information, mais aussi à la rendre réellement accessible, utile et adaptée au quotidien des professionnels.

Ce qu’elle défend, au fond, c’est une communication de considération.

Considérer les collaborateurs, c’est ne pas leur envoyer tout, tout le temps, n’importe comment. C’est penser à leur disponibilité réelle. C’est accepter qu’une aide-soignante, un agent d’entretien, un médecin, un cadre administratif ou une équipe de nuit ne vivent pas l’information de la même façon. C’est construire des formats adaptés, au lieu de demander aux équipes de s’adapter à des formats conçus loin d’elles.

C’est aussi reconnaître que les collaborateurs ne sont pas seulement des fonctions. Élodie aimerait lancer un projet autour des talents du personnel : montrer les personnes derrière les métiers, ce qu’elles aiment, ce qu’elles savent faire, ce qu’elles peuvent apporter à la communauté de travail. L’idée avait d’abord été jugée prématurée. Elle pense qu’en 2026, le moment viendra.

Cette intuition est forte. Dans des organisations sous tension, on parle souvent de procédures, d’outils, de transformation, de performance. Élodie, elle, rappelle une chose plus simple : les collectifs tiennent aussi par les liens faibles. Une photo, un jeu, un portrait, une anecdote, une attention peuvent modifier la qualité d’une relation. Et parfois, quand un problème surgit plus tard, cette relation rend la discussion moins frontale.

La communication interne ne résout pas tout. Mais elle prépare le terrain.

Ce que l’on retient d’Élodie Ménis, c’est cette manière très concrète de remettre de la vie dans des sujets qui pourraient rester froids. Elle ne nie pas les contraintes. Elle les connaît même trop bien : peu de budget, des arbitrages difficiles, des circuits de validation, des publics dispersés, des outils imparfaits. Mais elle refuse que ces contraintes deviennent une excuse pour faire fade.

Son approche tient en une ligne : si l’on veut que l’information circule, il faut lui donner une forme qui mérite d’être reçue.

Dans beaucoup d’entreprises, la communication interne cherche encore sa juste place. Trop souvent, elle arrive après. Après la décision, après le projet, après la crise, après les résistances. L’histoire d’Élodie rappelle qu’elle devrait être pensée avant. Non pas comme une couche de diffusion, mais comme une façon de rendre les transformations habitables.

Et peut-être que c’est cela, la vraie leçon : la communication interne n’est pas là pour remplir les canaux. Elle est là pour créer les conditions d’une attention partagée.

La question n’est donc pas seulement : “avons-nous communiqué ?” La vraie question est plutôt : “avons-nous donné envie d’écouter ?”


Un grand merci à Elodie Menis pour cet échange. Chez we advocacy notre mission est de redonner du pouvoir à la communication interne pour en faire un levier de culture, de marque et de performance collective.

Article publié initialement dans la newsletter LinkedIn Communications Internes de Thomas Artiguebieille.